Extrait 2 : Mon héritage

Voilà voilà ! Que pensez-vous de Victor ?

"Victor

.5.

Camélia, la princesse des Venator…
Son odeur est sur moi et me paraît étrangement délicieuse. Le nez dans ma chemise, je pense à cette femme envoûtante que j’aurais dû tuer cette nuit.
Sa peau était douce et claire. Ses lèvres…
Je touche les miennes avec hésitation.
Cette femelle a du caractère, mais aussi de la fragilité. J’entendais son cœur battre à s’en rompre dans sa poitrine. Elle avait peur de moi et s’efforçait de me le cacher. C’était atrocement attirant. J’aurais pu me jeter sur elle, boire son sang jusqu’à la dernière goutte puis dévorer son cœur. Seulement, au lieu de ça, je l’ai gardé en vie et j’ai joué avec elle…
Les vitres de mon appartement volent en éclats. Je ne sourcille même pas parce que je sais que mes frères vont être en colère. Jean me reproche déjà :
— Pourquoi l’as-tu laissée s’échapper ?
Il arrive tout croc dehors. Alors, je laisse ma véritable apparence ressortir à mon tour pour l’impressionner. De nous deux, je suis le vampire le plus redoutable et il le sait. La simple vue de mes canines le calme.
Je suis l’exécuteur de la famille. C’est à moi qu’on refile le sale boulot depuis des siècles. Je suis un assassin hors pair, mais elle, je n’ai pas pu la toucher, quelque chose en moi me l’interdisait.
Comme je le tiens en respect, il change d’apparence et je fais de même. Mon frère me grogne néanmoins :
— Je voulais son sang !
Placide, je réponds :
— Tu devais tuer Lucien.
Mes autres frères arrivent. En infériorité numérique, je me tiens prêt à toute trahison. Cependant, ils sont amochés. Du coup, Jean m’apprend :
— Il nous a conduits à un piège.
J’ai peur que l’odeur de Camélia soit repérée, aussi, je reste à distance en commentant :
— Cette opération est un échec.
Il m’accuse :
— Tu n’avais qu’une humaine à tuer, nous avions un sang pur à combattre. Pourquoi l’as-tu laissée filer ?
Je n’ai pas de réponse à cette question, je me la pose moi-même.
Pourquoi ? Quand j’ai posé mes yeux sur elle, son canon était placé contre mon cœur. J’aurais pu lui arracher la tête, cependant, je l’ai observée sans y parvenir.
Jean s’approche de mon lit. Les draps doivent sentir son parfum. Alors, je l’intercepte :
— Tu me dois des vitres.
Mon frère aîné sourit.
— C’est tout ce qu’il t’importe ?
Il s’avance trop. Je riposte :
— Ce n’était pas n’importe quelle humaine.
Il m’étudie, mais je ne dévoile rien de ce que je sais d’elle. Aussi, il commente :
— Qu’as-tu appris ?
Je mens :
— Rien du tout. Elle a été exfiltrée avant que je ne puisse la tuer.
Surpris, il me demande :
— Pourquoi avons-nous été pourchassés une partie de la nuit tandis que tu te terrais ici ?
J’affirme :
— Ma mission a échoué. Je n’avais aucune raison de ne pas me replier. Vous étiez assez nombreux pour l’abattre.
Il m’informe froidement :
— Père ne sera pas content.
Je riposte :
— L’effet de surprise est foutu. Il va falloir tout repenser.
D’accord avec moi, il me charge de ce que j’espérais secrètement :
— Surveille-la. À la moindre occasion, tue-la.
Avec un calme olympien, je déclare :
— Elle va être sous bonne garde à présent.
Il s’en amuse :
— Depuis quand cela t’arrête-t-il ?
J’attrape mon flingue et commente :
— Je ferai mon job.
Pendant que je vérifie le chargeur, Jean fait signe à mes autres frères qu’ils vont s’en aller. Je lance donc pour rester aussi froid que d’habitude :
— Tu penseras à mes vitres. Je n’aime pas le désordre.
Ils quittent l’appartement. Je ne bouge pas et j'attends plusieurs minutes avant d’émettre un long soupir.
— Dois-je la tuer ?
Ébranlé par cette idée, je dépose mon arme et je sens à nouveau mon col. L’odeur est de plus en plus faible. Cependant, elle est assez présente pour que je désire la revoir plus que tout au monde.
Elle semblait si…
Je ferme les yeux.
Mon instinct de prédateur me pousse à vouloir la retrouver et la faire mienne. J’aspire à posséder sa chaleur et à goûter à son sang.
Quelque chose se passe dans mes entrailles. Je n’ai aucune idée de ce que c’est. Pourtant, je le ressens au plus profond de moi, je veux cette femme.
Je vis depuis des siècles sans avoir le moindre désir pour le sexe opposé. Je ne tue que parce que l’on me l’ordonne. Je n’éprouve aucune satisfaction à ôter la vie. Je fais mon travail en réfléchissant à la manière la plus propre de trucider ma cible. Pour étancher ma soif, je choisis des proies robustes qui survivront à mes assauts. Tout est calculé dans mon existence. Malgré cela, cette femme m’a troublé et m’a empêché de faire mon devoir. Dès que j’ai posé les yeux sur elle, j’ai su que je ne pourrais pas l’éliminer. Camélia Venator est spéciale.
Je m’approche des draps dans lesquels elle s’est allongée puis je les saisis pour rechercher une nouvelle fois son odeur.
Elle avait les iris couleur sang comme l’une des nôtres. Sa beauté semblait irréelle. Elle avait du cran et du répondant, mais bien plus encore, elle m’a fait confiance, à moi, l’homme chargé pourtant de la tuer. Quand je l’ai prise dans mes bras, j’ai eu l’impression de retrouver une part de moi oubliée. Mon cœur s’est mis à battre différemment. J’aurais pu l’abattre, mais j’aurais ôté la vie à la plus magnifique créature qu’il m’ait été donné de voir depuis ma naissance. Mi-humaine mi-vampire, la perfection se mêlait dans ses veines. J’aurais souhaité planter mes crocs dans sa chair afin de goûter à son sérum. Je me serais nourri d’elle et je lui aurais offert mon sang en retour. J’aurais fait d’elle tout ce dont je désirais, mais la tuer semble au-dessus de mes forces pour le moment…"


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